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OUVERTURE DES A.T.B.

Manifeste Arcanum


L'atelier Arcanum n’a pas été pensé.

Il est arrivé.

Tout a commencé par une recherche simple et déçue.

Croisée dans des circonstances fortuites, la jeune Lucia* cherchait à acquérir une baguette.

Pas un objet fantaisiste.

Une baguette juste. Et belle.

Elle n’avait rien trouvé.

Alors je me suis engagé à la réaliser pour elle, autant que possible.

Le résultat fut concluant, gratifiant, et encourageant.

Il en annonçait d’autres.

Depuis, Arcanum avance sans plan figé.

Avec, parmi d’autres, un bois réel issu d’un jeune érable-vif logeant dans mon jardin.

Un ami-arbre, qui inscrit le travail dans le temps long, celui qui ne négocie pas.

Les pierres sont choisies pour leur présence, pas pour leur éclat.

Parfois aussi pour les visions qu’elles suscitent.

La sculpture est lente, parfois exigeante.

La dorure est un moment de bascule, où tout peut se perdre.

Et puis il y a cette morsure.

Fabriquer des objets sans utilité directe, réelle.

Y consacrer du temps, de l’énergie, une part significative d’une vie.

Le savoir et continuer quand même.

Heureux de la diversité du chemin.

Ces pièces ne servent pas.

Elles refusent la servitude.

Elles existent.

Et cette existence crée un seuil.

Un point de cristallisation pour l’imaginaire de celui ou celle qui les tient.

Un espace où quelque chose peut commencer à circuler.

Les pièces ne sont pas exécutées.

Elles apparaissent.

À condition de laisser faire, tout en tenant fermement.

Arcanum n’est pas un discours.

C’est un atelier où quelque chose insiste jusqu’à exister.

* Le prénom a été changé. Si elle consulte cette page, la personne concernée se reconnaîtra.

"Le bois, c'est le nerf des baguettes"

– L’Érable-Vif de la Tortue Borgne –

Je l’ai aperçu pour la première fois en 2015. Un matin de tonte et de jurons étouffés.

Contre les orties, la chaleur, la débroussailleuse et que sais-je encore...

Juillet. Peut-être août. Bref, l’été. Celui où tout pousse pour te rappeler que tu ne contrôles rien.

Là, juste derrière Rolf, mon nain de jardin binoclard, se dressait une plantule insolente. Pas plus haute qu’un front de nain et dotée de cinq feuilles en état d’insurrection. Une herbe montée en graine, aurait dit n’importe qui. C’est donc exactement ce que j’ai cru.

Je n’avais pas encore découvert le monde intérieur des arbres, ce domaine où l’on ne se moque plus de soi-même après avoir parlé à un tronc. Cet « avorton végétal non-identifié », mon premier AVNI, a ouvert la marche.

Ce jour-là, armé de la débroussailleuse, j’étais objectivement un danger public. Le jasmin suffoquait, le bambou envahissait, l’arbousier suppliait, le bananier prenait tout l’espace et les rosiers, déjà humiliés par la vie, ne demandaient que l’euthanasie. C’est peut-être la culpabilité, ou une intuition, ou juste la fatigue d’être meurtrier par inadvertance… mais j’ai épargné mon AVNI.

Et il a poussé. Saison après saison, tempête après sécheresse. Le petit rien est devenu un érable vigoureux, maître de la plate-bande. Au point de tenter un assaut par la fenêtre du premier étage. Ce jour là, j’ai compris qu’il ne se contenterait jamais d’être un décor.

Depuis 2019, il est mon fournisseur exclusif. Fûts de baguettes, bâtons, éclats précieux. Tous les deux ans, il me livre une moisson aussi généreuse que silencieuse. Nos échanges ne passent pas par les mots. Lui parle par ses cernes, ses bourgeons, ses chutes de feuilles. Moi, par la gouge, la scie, et l’intention.

Aujourd’hui, l’AVNI a dix ans et il a ouvert les yeux. Là où j’ai sectionné ses branches, cicatrices et nœuds se sont métamorphosés en regards. Paisibles, mais attentifs. Ses flancs, griffés par des générations de chats persuadés d’être des panthères, sont couverts de tatouages. L’arbre porte l’histoire de la maison, des bêtes, du temps.

Je n’attends rien de lui sinon ce qu’il choisira de donner. Et en retour, je m’engage à le laisser vivre sa vie d’arbre-totem, d’AVNI majeur, compagnon de route d’un tailleur de bois qui tente simplement de faire beau avec ce qui est déjà vivant.

La morale est d’une simplicité affligeante : ne coupez pas les AVNIS. Laissez-les grandir, pousser, s’obstiner. Ils savent mieux que nous ce qu’ils sont venus faire. Et nous avons tout à recevoir de leur patience.

Sauvons les AVNIS.

Laissez votre jardin en bordel!

Signé : La Tortue Borgne, Décembre 2025.

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